Au cours de sa vie, Sylvie Vartan a reçu des coups de pouce du destin dont elle n’a pas oublié l’existence. Du lancement de sa carrière à sa rencontre avec Johnny, la chanteuse sait que ce destin s’appelle en réalité Eddie, son frère.

Invitée sur le plateau de « C à Vous la suite », ce samedi 11 avril, pour présenter la Masterclass qu’elle animera avec son ami Roland Perez en mai prochain, la chanteuse Sylvie Vartan s’est replongée dans son passé. Au rythme des questions du journaliste Mohamed Bouhafsi, elle est revenue en arrière, s’arrêtant sur sa rencontre avec Johnny Hallyday puis sur le lancement de sa carrière, un évènement dû au hasard. Le sourire aux lèvres, la mère de David Hallyday a écouté le présentateur raconter l’anecdote du premier contact avec Johnny, lors d’un concert qu’elle donnait à l’Olympia, en décembre 1961.

Son frère Eddie Vartan était venu l’encourager avec l’un de ses amis. En voyant la jolie blonde en train de chanter, ce dernier a lancé : « Tu vois la fille sur la scène ? Je me la ferais bien. » Amusée par ce souvenir, Sylvie a expliqué au journaliste : « C’était un langage de garçon, j’étais élevé au milieu de garçons. Ça ne me choquait pas… Enfin si, ça m’a choqué, bien sûr. Et ça a choqué mon frère mais lui, il avait un humour… »

Présent sur le plateau de télévision, Roland Perez a apporté quelques précisions : « Eddie l’a laissé dire et lorsque Sylvie est sortie de scène, il lui a dit “Écoute, ça tombe bien, je te présente ma sœur.” » Deux ans après cette rencontre, en 1963, Johnny Hallyday et Sylvie Vartan ont annoncé leurs fiançailles lors d’une interview donnée à la télévision.

Le 12 avril 1965, le duo-phare des sixties se disait « oui » dans une intimité toute relative. Ce jour-là, Sylvie Vartan portait une robe immaculée entrée depuis dans l’Histoire des mariages de stars. Johnny Hallyday regardait avec fascination, les yeux emplis de la passion et de l’énergie de sa jeunesse. « C’était le chaos » : Sylvie Vartan, entre tumulte et tendresse, lève enfin le voile sur son mariage avec Johnny Hallyday.

Sous les lustres tremblants d’un mois d’avril 1965, Loconville se souvient encore de ce jour où la France a retenu son souffle. Sylvie Vartan et Johnny Hallyday, deux idoles à peine sortis de l’adolescence mais déjà mythiques, s’étaient dit « oui ».

Pourtant, derrière les flashes, les cris et les bouquets de fleurs, la mariée n’a jamais oublié le vertige, ni la peur. Dans le documentaire Sylvie Vartan, vous et moi, diffusé sur France 3, la chanteuse se livre avec une sincérité bouleversante : « C’était un cirque ! », confie-t-elle, encore émue par la violence de ce jour qu’elle croyait pourtant magique.

Elle se souvient d’un mariage organisé dans le plus grand secret, sans publication des bans, persuadée que leur union passerait inaperçue. Mais dès leur arrivée à la mairie de Loconville, l’enfer s’est déchaîné : une marée humaine, des journalistes grimpant aux arbres, des cris d’amour, des appareils photo qui crépitaient. « Quand on est arrivés, c’était le chaos », souffle-t-elle. Ce chaos-là, elle ne l’avait pas prévu.

Et derrière ce tumulte, la peur : celle de voir ses proches pris dans la tempête médiatique. « Mon père était déjà souffrant, mes parents bousculés… J’avais ma grand-mère aussi, très âgée. J’étais terrorisée à l’idée qu’il leur arrive quelque chose. »Ce jour-là, la jeune femme de 20 ans portait une robe à capuche – un choix audacieux pour l’époque, qu’elle qualifiera plus tard de “différent”. Avec le recul, elle aurait préféré le voile, celui qui aurait peut-être protégé un peu son innocence.

Leur mariage fut celui de deux légendes, mais aussi de deux fauves enfermés dans la même cage. Leur union, scrutée par des millions de regards, n’a jamais eu la paix. « C’était le chaos », répète Sylvie, comme si ces mots suffisaient à résumer dix années de passion, d’éclats et de blessures.

Johnny, rockeur incandescent, vivait la nuit ; Sylvie, perfectionniste et fragile, tentait d’exister à côté de l’astre. Dans plusieurs entretiens accordés à Paris Match et Télé 7 Jours, elle a reconnu avoir souvent souffert de l’absence, de la jalousie, mais aussi d’une certaine violence, celle du milieu, celle du succès.

Et pourtant, malgré les disputes, malgré la distance, ils resteront à jamais un couple légendaire. Comme le dira plus tard Johnny : « Sylvie, c’était la femme que j’ai le plus aimée. »Une phrase qui, encore aujourd’hui, la bouleverse.

Les années 1980 auraient pu n’être qu’un long silence pour elle. Après sa séparation avec Johnny, Sylvie Vartan s’était réfugiée dans le travail, dans la musique, et surtout dans l’amour qu’elle portait à son fils, David. Mais le destin avait encore une surprise à lui offrir — un autre coup de foudre, plus calme, plus doux, mais tout aussi profond.

Au Japon, alors qu’elle y tourne une émission télévisée, elle rencontre Tony Scotti, producteur américain au regard tranquille. « Je ne pensais pas revivre une si belle histoire, » confie-t-elle dans Sylvie Vartan, vous et moi. « Mais quand je l’ai vu, j’ai compris. C’était une évidence. »Un mot simple, mais chargé d’histoire. Parce que pour elle, après Johnny, rien n’était plus simple.

« Je ne voulais pas d’un amour qui bouleverse tout. Je voulais de la paix. Et Tony m’a apporté ça. »Pourtant, avant de lui ouvrir son cœur, il fallait qu’elle soit certaine d’une chose : que son fils s’entende avec cet homme. « Je ne lui aurais pas présenté quelqu’un sans être sûre. Il fallait qu’il aime mon fils, qu’il ait des attaches, qu’il comprenne la famille. »Tony Scotti, lui, n’a jamais cherché à remplacer personne. Il a simplement été là — un pilier silencieux, un refuge.

Aujourd’hui, à 80 ans, Sylvie Vartan regarde son passé sans nostalgie excessive. Son histoire avec Johnny appartient à la légende ; celle avec Tony, à la tendresse. Deux amours différents, deux miroirs d’elle-même.Lorsqu’on lui demande si elle a des regrets, elle hésite, puis murmure : « Peut-être d’avoir cru qu’on pouvait aimer sans se perdre. » Une phrase simple, mais qui dit tout.

Les fans, eux, continuent d’espérer des retrouvailles symboliques, une chanson, une lettre cachée, un geste. Car entre Sylvie et Johnny, il n’y eut jamais vraiment de fin. Seulement une longue pause que la mort a rendue éternelle.

Un début de carrière au hasard

Quelques mois avant ce fameux concert à l’Olympia où le succès était déjà présent, Sylvie Vartan n’était jamais montée sur scène et n’avait jamais chanté. Ses débuts dans la musique sont arrivés par hasard : « À cause de mon frère, c’était lui l’artisan de tout ça. C’était un hasard pur et simple. Moi, je voulais être actrice et faire le conservatoire. J’étais encore au lycée et j’avais promis à ma mère que je passerais mon bac et qu’ensuite j’irais au conservatoire d’arts dramatiques. »

C’est alors qu’en rendant service à son frère, Sylvie Vartan a, sans le savoir, lancé sa carrière : « J’ai remplacé quelqu’un au pied levé. Mon frère était musicien, producteur, il travaillait avec Daniel Filipacchi et ils avaient projeté d’enregistrer un duo avec Frankie Jordan qui était un rockeur qui faisait des études dentaires.

Un jour mon frère m’a dit : “Écoute, la personne qui doit faire le duo avec Frankie Vincent n’est pas disponible, viens, tu vas la remplacer.” » Au départ, Sylvie a refusé. Finalement, pour sortir son frère de cette situation, elle a accepté : « On a enregistré dans un hôtel particulier aménagé en studio. J’ai posé ma voix et je n’imaginais pas que ça deviendrait un tube. »

Sylvie Vartan était encore au lycée lorsque la chanson a rencontré le succès. Accusée de semer le trouble par les professeurs dans son établissement scolaire, la jeune fille était privée de récréations : « Pour moi c’était incroyable, je n’en revenais pas ! J’étais très timide en plus, je me disais qu’ils se trompaient de personne. » Elle a alors arrêté le lycée avant la fin, en dépit de l’accord passé avec sa mère. Soixante ans plus tard, Sylvie comptabilise une quarantaine d’albums, des disques d’or à ne plus savoir qu’en faire et une filmographie loin du ridicule.

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