À 61 ans, Pascal Obispo semble plus apaisé… mais aussi plus vulnérable que jamais. Derrière les tubes, les succès et l’image de star incontournable de la chanson française, l’artiste a accepté de dévoiler une part beaucoup plus intime de lui-même. Dans une longue rencontre accordée à Paris Match depuis sa maison du Cap-Ferret, le chanteur s’est confié sur son enfance blessée, la séparation de ses parents, son besoin viscéral d’être aimé, ses regrets, ses douleurs familiales… et cette musique dans laquelle il s’est réfugié pour survivre émotionnellement.

Ce qui devait être au départ une simple interview autour de son nouvel album « Héritage (vol. 2) » s’est finalement transformé en une véritable plongée dans toute une vie.

Tout commence au Cap-Ferret, ce lieu devenu aujourd’hui son refuge principal. Une grande propriété construite autour d’un étang rempli de carpes koï, avec un studio d’enregistrement, un terrain de padel et même un poulailler dont il s’occupe chaque jour avec une attention presque attendrissante. Pascal Obispo y accueille les journalistes comme un homme qui semble enfin respirer loin du tumulte parisien.

Mais derrière cette sérénité apparente, les blessures du passé restent très présentes.

Le chanteur raconte avoir découvert le Cap-Ferret à l’été 1971, alors qu’il n’était encore qu’un enfant. À cette époque, ses parents étaient sur le point de divorcer. Sa mère travaillait énormément et lui passait ses vacances chez sa tante, loin des tensions familiales.

« C’est là que je me suis construit des souvenirs heureux », confie-t-il.

Une phrase simple, mais qui en dit énormément sur la douleur silencieuse de son enfance.

Des années plus tard, devenu une immense star de la musique française, il reviendra acheter une maison dans ce même village, comme pour tenter de retrouver cette sensation de sécurité perdue trop tôt.

Aujourd’hui encore, Pascal Obispo semble trouver du réconfort dans les choses simples. Il parle avec émotion de ses poussins récemment nés, qu’il surveille chaque soir dans une couveuse.

« Je les ai vus sortir de l’œuf… Le soir, je prends soin d’eux », raconte-t-il presque ému.

L’image surprend quand on pense à celui qui a incarné pendant des décennies l’un des visages les plus puissants de la pop française.

Au fil de la journée, l’artiste conduit les journalistes jusqu’à l’église Notre-Dame-des-Flots, là où il avait épousé Julie Hantson en 2015. Le mariage devait être intime, mais tout le village avait fini par venir assister à la cérémonie.

« Sur le moment, ça m’avait gonflé », admet-il aujourd’hui en riant.

Dans l’église, un piano l’attend. Pascal Obispo s’installe alors spontanément et improvise plusieurs chansons devant quelques visiteurs stupéfaits. « Savoir aimer », « Fan », « Lucie », « L’important c’est d’aimer »… Sa voix semble intacte, le plaisir évident.

Quand plusieurs personnes commencent à filmer avec leur téléphone, il plaisante immédiatement :

« Rangez vos téléphones ! Sinon certains vont dire que je n’attire plus que dix personnes… »

Derrière l’humour, on sent pourtant une sensibilité très forte au regard des médias. Car pendant longtemps, Pascal Obispo a eu le sentiment d’être profondément incompris.

« Peut-être qu’on ne m’a jamais posé les bonnes questions », explique-t-il.

L’artiste dit avoir toujours été un enfant du rock anglais, passionné par The Cure, Police ou encore les Beatles. Pourtant, le grand public l’a surtout connu comme chanteur de variété populaire.

« Je suis un fan de new wave, de pop, un enfant du rock… qui s’est retrouvé chanteur de variétés », résume-t-il.

Puis vient le passage le plus bouleversant de l’entretien.

Pour la première fois avec autant de franchise, Pascal Obispo revient sur le départ de son père lorsqu’il avait huit ans.

« Si je me suis jeté dans la musique, c’était pour dépasser la tristesse de ce que je vivais à la maison. »

Cette phrase résume presque toute sa vie.

Le chanteur reconnaît avoir extrêmement mal vécu cet abandon familial.

« J’ai très mal vécu le départ de mon père. Je lui en ai longtemps voulu de nous avoir abandonnés. »

Et la blessure reste ouverte encore aujourd’hui, des décennies plus tard.

« Jusqu’à sa mort, je n’ai jamais eu la conversation que j’aurais dû avoir avec lui. J’en conserve une immense frustration. »

Une confession rare, pudique mais terriblement douloureuse.

Sans figure paternelle solide, Pascal Obispo explique s’être construit grâce aux musiciens, aux rock stars et même aux footballeurs qu’il admirait adolescent.

« Ce sont eux qui ont été mes modèles masculins », raconte-t-il.

Le déménagement à Rennes au début des années 1980 changera ensuite totalement sa vie. La ville est alors en pleine effervescence grâce aux Trans Musicales et à la scène rock française émergente.

C’est là qu’il découvre le groupe Marquis de Sade et surtout Philippe Pascal, qui deviendra plus tard une immense source d’inspiration pour lui.

Avec le temps, Philippe Pascal prendra même une place presque paternelle dans sa vie. Sa disparition bouleversera profondément Obispo, qui peindra ensuite une œuvre très sombre évoquant un homme baignant dans le sang après le suicide du chanteur.

Autre révélation forte : la peinture est devenue pour Pascal Obispo une véritable thérapie.

Sur les conseils de sa psychologue, il commence à peindre en 2018.

« J’avais certaines blessures à soigner, certains dossiers à refermer », explique-t-il.

Et depuis, il n’a jamais arrêté.

Dans son atelier, il accumule les toiles inspirées de Klimt ou Warhol, des représentations de couples, de Ganesh, mais aussi des créations plus sombres et beaucoup plus personnelles.

L’artiste évoque également sa vie amoureuse avec une extrême prudence. Depuis son divorce avec Julie Hantson en 2022, Pascal Obispo refuse désormais de parler publiquement de la femme qui partage sa vie.

« Pas un mot sur ces sujets-là », tranche-t-il.

Même sa relation passée avec la journaliste Sonia Mabrouk reste totalement taboue.

Cette discrétion semble être devenue une forme de protection après plusieurs années d’exposition médiatique.

En revanche, lorsqu’il parle de son fils Sean, né de sa relation avec Isabelle Funaro, sa voix s’adoucit immédiatement.

« Ça n’a pas toujours été facile pour Sean de grandir avec deux parents connus », reconnaît-il.

Mais il se dit fier du jeune homme qu’il est devenu aujourd’hui.

Au fil de l’entretien, Pascal Obispo se montre aussi très lucide sur sa carrière et sur les sacrifices qu’elle lui a imposés.

« Parfois, je me dis : “Mais putain, j’ai été con de passer autant de temps dans mon studio.” »

Puis il ajoute une phrase particulièrement touchante :

« J’aurais peut-être mieux fait d’aller dehors, de regarder le ciel, les gens… »

Comme si, derrière des décennies de succès, il réalisait aujourd’hui tout ce que la musique lui a pris autant qu’elle lui a donné.

« Je suis peut-être passé à côté d’histoires d’amour ou d’amitié », avoue-t-il.

Car malgré les hits, la célébrité et les salles pleines, Pascal Obispo reste profondément marqué par ce besoin immense de reconnaissance et d’affection.

Il parle d’ailleurs avec beaucoup de lucidité de l’industrie musicale.

« Une chanson pour Johnny, une autre pour Pagny… J’étais celui qui enchaînait les tubes. »

Puis il ajoute :

« Quand tu n’es plus cet artiste-là, on t’appelle moins. »

Une phrase brutale, presque désabusée, mais terriblement honnête.

Pourtant, loin de se laisser enfermer dans la nostalgie, Pascal Obispo s’est lancé ces dernières années dans un projet gigantesque : enregistrer des dizaines d’albums de reprises consacrés aux grandes figures de la chanson française.

Alain Souchon, Michel Sardou, Julien Clerc, Francis Cabrel, Véronique Sanson… Il finance lui-même les enregistrements et envoie ensuite les albums terminés aux artistes concernés.

« J’ai eu envie de rendre hommage à l’âge d’or de la musique française », explique-t-il.

Et c’est justement pendant ce travail qu’il a recommencé à composer de nouvelles chansons.

Résultat : « Héritage », un projet monumental réunissant de nombreux artistes français. Certains disparus y réapparaissent même symboliquement, comme Michel Delpech ou Philippe Pascal.

Avec son humour habituel, Pascal Obispo glisse aussi une petite pique au passage :

« Il n’y a que les snobs et les bobos qui ont refusé de participer. »

Avant d’ajouter en riant :

« Mais je ne vous donnerai pas les noms. Amusez-vous à les trouver vous-mêmes. »

Au fond, cette rencontre révèle surtout un homme beaucoup plus fragile qu’on ne l’imaginait.

Derrière les disques d’or, les hymnes populaires et les décennies de succès, Pascal Obispo semble encore porter en lui ce petit garçon de huit ans blessé par le départ de son père, cherchant désespérément à combler un vide immense grâce à la musique, à l’art, à l’amour… et au regard des autres.

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