Sur les routes avec son émission Flavie en France, l’autrice et animatrice de France 3 sait que son plus beau port d’attache sera toujours auprès de ses deux fils. Pour Gala, son aîné, photographe, passe de l’ombre à la lumière : ensemble, ils nous confient ce qui les lie, les épreuves surmontées et le bonheur retrouvé.
NDLR : cet entretien a été réalisé avant les accusations de Flavie Flament à l’encontre Patrick Bruel. Le 15 mai dernier, l’animatrice télé a annoncé à Mediapart porter plainte pour viol contre le chanteur et comédien , qui aurait abusé d’elle en 1991 alors qu’elle était âgée de 16 ans.

« Je ne fais quasiment plus que des photos avec lui, je pense qu’il porte l’œil le plus réaliste sur moi. Il arrive à saisir des choses que personne d’autre n’a jamais réussi à percevoir. » Lui, c’est Antoine, son fils aîné, né de ses amours dans les années 1990 avec le réalisateur d’émissions de variétés Bernard Flament. Trente ans plus tard, il est devenu un talentueux photographe de mode dans le luxe et le portrait, comme vous le constatez sur les photos ci-contre qu’ils nous ont transmises. Si ce choix de vie professionnelle interroge, il a, sans conteste, permis à Flavie de retrouver plus de sérénité lors des shootings après le drame vécu avec le photographe David Hamilton, qu’elle accuse de l’avoir violée lorsqu’elle avait 13 ans.
En promotion pour son émission sur le service public*, elle accepte de bouleverser ses habitudes en posant avec son fils devant un autre photographe, le nôtre, Ugo Richard. Notre proposition les enthousiasme même, « cela va nous fabriquer des souvenirs », mais ils émettent une réserve : « Nous ne souhaitons pas de mise en scène pour ce shooting, ni de sourires trop appuyés. Nous n’avons pas l’habitude d’être photographiés ensemble et nous aimerions quelque chose de naturel. A l’image de notre relation. Pudique, complice. » Un moment de grâce entre une mère et son fils mû par un amour inconditionnel, une admiration réciproque d’une intensité rare. Un instantané de vie et de partage comme nous les chérissons dans Gala.
GALA : Le photographe Henri Cartier-Bresson disait : « La photographie est une réponse immédiate à une interrogation perpétuelle. » Flavie, à quoi pensez-vous quand vous posez devant l’objectif de votre fils Antoine, dont vous dites « qu’il porte l’oeil le plus réaliste sur vous » ?
FLAVIE FLAMENT : Vous savez, je suis habitée par des interrogations perpétuelles en dépit d’une confiance en moi inébranlable. Je ne sais pas d’où elle me vient d’ailleurs, mais elle me tient en vie. De façon plus prosaïque, je vois sur ces photos une femme et une mère heureuse du moment qu’elle est en train de vivre.
GALA : Mais que révèlent-elles, Flavie ?
F. F. : Beaucoup d’amour, de complicité. Et une féminité qui n’est, en aucun cas, mise en scène. Chacune de ces photos est un instant de vérité. Par exemple, quand je pose l’index sur ma bouche, je signe la fin de la récré parce qu’il est rare que nous ne partions pas dans un délire, Antoine et moi. Mais je vois aussi dans ce geste une autre signification : celle du secret qui a fait partie de ma vie, malheureusement. J’ai été muselée pendant si longtemps, me taire est devenu une torture.
GALA : Antoine, c’est facile de photographier sa mère ou ça met une pression supplémentaire ?
ANTOINE FLAMENT : Avant, je me mettais la pression par peur de la décevoir, mais désormais, je suis plus à l’aise, on rit bien et parfois je la recadre. De nous deux, c’est parfois elle l’enfant !
GALA : Flavie, vous vous plaisez sur ces photos ?
F. F. : Oui, je m’aime vraiment dessus. Je me retrouve.

GALA : Cela n’a pas toujours été le cas ?
F. F. : Pas vraiment… Je pense notamment à mes années TF1 : pendant trop longtemps, je suis rentrée dans la peau du personnage de « la petite fiancée des Français », qu’on avait créé pour moi. Et comme j’avais été éduquée, formatée pour plaire, je m’y suis conformée. Quand je vois ces anciennes photos de moi, j’ai du mal à les regarder pour être totalement sincère. J’y vois une sorte de poupée qu’on coiffait, que l’on voulait rendre plus jolie encore, au prix d’artifices. Je me souviens qu’après ces séances photos, je me décoiffais, j’enlevais mes peintures de guerre. Je voulais sortir de ce personnage. Aujourd’hui, je suis alignée avec qui je suis. C’est plus cohérent. Je suis dans ma vérité. Et mon fils m’aide. Grâce à lui, je laisse à voir qui je suis.
GALA : Quand Antoine a choisi de devenir photographe, comment l’avez-vous pris ?
F. F. : Quand il m’en a parlé, je n’ai pas fait le lien avec ce que j’avais vécu [en 2016, elle a révélé avoir été violée à 13 ans par le photographe David Hamilton, ndlr]. Aussi étonnant que cela puisse paraître, mais pour moi, Antoine, c’est Antoine, et Hamilton, c’est surtout un drame. J’ai fait ce lien en travaillant avec mon fils et j’ai réalisé que mon rapport à la photo avait toujours été contrarié. Antoine m’a ouvert un chemin que je n’avais pas envisagé : celui de l’apaisement, de la sécurité. C’est pour cela aussi que je travaille surtout avec lui. Il a beaucoup de talent, mais il me permet aussi d’être sereine, enjouée. Ce n’est plus une corvée et ça ne réveille plus rien.
A. F. : Je ne connaissais pas son histoire à l’époque où je me suis dirigé vers la photographie. Quand je l’ai appris, je n’ai pas du tout culpabilisé ou stressé. Bien au contraire, je me suis dit que cela pourrait peut-être transformer ce drame en redonnant une belle image de ce métier.
GALA : Flavie, dans votre livre La Consolation , vous écrivez que les photos sont « des traîtres pour les enfants malheureux ». Pouvez-vous développer votre pensée ?
F. F. : Vous l’aurez remarqué : toute notre vie, on fait des photos en famille, sur les genoux du grand-père qu’on n’aime pas forcément, de la tante qui sent mauvais… Et on oppose toujours à ceux qui ont été malheureux les clichés de leur enfance. Combien de fois demande-t-on de sourire sur les photos de famille, de feindre l’affection, de faire un bisou à telle personne alors que le coeur n’y est pas ? Comme l’accréditation d’une enfance heureuse. Le message est tronqué, mais il fait foi : de quoi se plaint-elle, regardez comme elle était heureuse ! On ose émettre des réserves sur votre passé au prétexte que vous semblez être souriante sur ces photos. Ça, je l’ai bien connu. Aujourd’hui, dans un monde d’images et d’IA, une photo peut mentir sur la réalité des faits. Un axe peut tout changer. Alors oui, les photos peuvent être des traîtres. Rien à voir avec ce que nous faisons avec Gala : nous sommes au service de quelque chose de joli, de vrai entre une mère et son fils.
GALA : C’est le moment de nous dire qui vous êtes vraiment, au fond de vous…
F. F. : Ah, je ne sais pas si je suis très douée pour cet exercice !

GALA : Essayons tout de même !
F. F. : [Silence.] Je pense que mon entourage pourrait vous le dire : je suis quelqu’un de résolument optimiste et d’éminemment résilient. J’ai toujours opposé le sourire au drame, j’ai toujours su où se nichaient mes ressources pour pouvoir faire face aux épreuves de la vie. J’ai un instinct de survie qui passe par le beau, le positif, le joyeux. Ça, je le sais, même mon psy me le dit !
A. F. : C’est sa force et sa faiblesse aussi. Car, à tout donner, elle est parfois déçue et trahie. Cela m’a rendu plus méfiant, plus réfléchi. Je doute d’abord, j’observe, et c’est ça qui me fait avancer…Passer la publicité
GALA : Flavie, vous êtes toujours en contact avec le psychiatre qui vous a accompagnée lors de la sortie de votre livre La Consolation ?
F. F. : Bien sûr, mon équilibre est à sécuriser, c’est le travail d’une vie. Je le vois parfois pour me sortir d’une impasse. Je ne le consulte pas toutes les semaines, mais j’y vais dès que j’en ressens le besoin. Quand le chagrin fait trop de bruit, que je pleure, je consulte, et je vais transformer tout ça en me tournant vers ceux qui m’aiment, en allant chercher le soleil…
GALA : Cela vous arrive souvent, ces montées de larmes ?
F. F. : Oui, je cohabite avec mes chagrins. Mais, là où ils me terrassaient, je les surmonte désormais. C’est une ineptie de croire que parler règle tout, qu’avec le temps, tout disparaît. Les traumas viennent souvent frapper à ma porte, il y a des périodes où je me sens fragile, des moments qui me prennent comme une vague. Mais j’ai appris une chose extraordinaire ces quinze dernières années : c’est que ça nous traverse. Faire barrage à nos émotions, comme la tristesse, l’indignation, la colère, revient à les renforcer. En revanche, les accepter m’apparaît comme libérateur. Quand j’ouvre les yeux et que le chagrin menace, je m’isole et j’attends que la vague passe. L’homme que j’aime me le dit parfois : « On en oublierait presque que ton passé puisse encore t’habiter. » Non, tout n’est pas réglé mais je ne veux pas me définir par rapport à mes drames.
« Je suis en vérité avec le monde qui m’entoure »
Flavie Flament
GALA : On peut en reparler de ces drames ?
F. F. : Oui, une enfance dans une famille dysfonctionnelle, le fait d’avoir été exposée très tôt à des violences indicibles, inimaginables, qui, à l’époque, « passaient crème », comme on dit. C’est aussi l’affaire Hamilton mais pas que. J’ai été exposée à tout ça, mais cela ne m’a jamais tuée.
GALA : Votre livre est sorti il y a près de dix ans : quand vous regardez dans le rétro, quel bilan faites-vous ?
F. F. : Ce sont sûrement les dix années les plus incroyables de ma vie. Parce que je me suis libérée du poids du secret. Parce que je suis en vérité avec le monde qui m’entoure. Parce que j’ai enfin pu couper des liens éminemment toxiques, parce que tout cela m’a allégée. Et puis, j’ai fait de la radio, je me suis déployée autrement, j’ai été moins médiatisée. J’ai écrit L’Etreinte et Lulu la mouette. En résumé, j’ai revisité ma vie : je me suis enfin entourée de gens qui me font du bien. Je fais ce que je veux, comme je veux, je suis libre désormais. C’est un nouveau départ, parti d’un grand combat. J’ai longtemps joué un rôle, y compris en interview, et j’ai fait un énorme bras d’honneur à ce système. Je suis repartie de zéro sur tous les plans.
GALA : Votre reconnexion à vous-même aurait pu être un échec côté public ?
F. F. : C’est vrai, mais c’était une nécessité vitale de ne plus passer à côté de ma vie. Je refusais de me contorsionner pour entrer dans un moule. Et puis, j’avais foi dans le long terme. Pour vous livrer une confidence, quand j’ai quitté TF1, mon cercle amical s’est réduit comme peau de chagrin. Pendant des années, mon drame intime m’a paralysée, m’empêchant parfois de sortir de chez moi. J’ai mis du temps à me reconstruire. Mais j’y croyais. J’ai vécu la solitude, des interrogations professionnelles, mais j’avais la conviction chevillée au corps que c’était ce chemin-là que je devais emprunter.
GALA : Vos fils ont-ils été conscients de cette période sombre ? Et de quelles manières vous ont-ils accompagnée ?
F. F. : Ils m’ont toujours vu me battre. Ils m’ont toujours soutenue, mais je leur ai dit que ce n’était pas leur combat. Antoine est l’aîné, Enzo n’avait que 12 ans au moment de La Consolation. Tenir mon rôle de maman coûte que coûte m’a toujours aidée à rester debout. Et puis, c’est ma plus grande source de joie.
GALA : Votre triade, comme vous le dites souvent…
F. F. : Je les aime à en crever. On a une complicité très forte et un amour juste. Ça déborde parfois de mon côté, mais j’essaie d’avoir toujours la bonne distance. Je trouve qu’il y a trop d’amours « mal élevés » : on prend des choses que l’on croit gagnées d’avance et je suis bien placée pour savoir que l’affection d’une mère ou pour une mère n’est pas acquise pour toujours. Avec les garçons, on a tous les trois le désir d’appeler le meilleur de nous-mêmes dans notre relation. Notre amour familial est « bien élevé ». Je n’ai jamais dit à mes enfants ces phrases dévastatrices que l’on peut parfois entendre : « Qu’est-ce qui m’a pris de faire des gosses ? », « C’est comme ça que tu me remercies ? » Ça vous brise un enfant… [Silence.] Quant aux garçons, ils ont toujours été d’une gratitude à mon endroit qui fait que je ne risque rien tant que je suis aimée comme ça.
GALA : Il y a deux ans, vous aviez confié sur 50’ Inside que vous aviez « hâte que la roue tourne ». Je me suis interrogée sur ce souhait pour 2025 : que voulait-il dire, au fond ?
F. F. : Je m’en souviens très bien… [Long silence.] Je ne pensais pas qu’un journaliste reviendrait dessus. [Silence.] J’ai vécu d’autres injustices, que je n’ai pas racontées dans La Consolation : à l’époque, on ne m’aurait pas forcément entendue, ni crue. Je cohabite avec d’autres secrets… Mais je sais que la roue va tourner. J’ai foi en la vie. Il y a un temps pour tout. J’avais promis à mes fils que je reviendrai à une vie normale une fois ma mission terminée, avec l’adoption de l’allongement à trente ans des délais de prescription des crimes sexuels sur mineurs le 2 août 2018. Mes fils m’ont protégée. Un jour, l’heure viendra.
A. F. : On lui a demandé de prendre de la distance à un moment pour qu’elle ne s’abîme pas. Mais on l’a toujours encouragée, on a toujours été là pour elle…
GALA : C’est cool, la vie avec Flavie ?
A. F. : Oh oui, et puis ma mère m’a eu jeune, à 20 ans. La vie est cool avec elle. On s’appelle tous les jours, on habite non loin l’un de l’autre. Peu de gens la connaissent comme mon petit frère et moi. Elle nous inspire. Quand tu vois toutes les épreuves qu’elle a traversées, tu te dis qu’elle a vraiment de la ressource. Et une sacrée détermination.
GALA : Flavie, en 2024, vous aviez posté une photo de votre popotin, comme vous l’aviez écrit en légende, pour lutter contre les injonctions sociétales. Le referiez-vous ?
F. F. : Oh que oui ! Même si mon popotin n’est plus tout à fait le même qu’il y a deux ans ! [Elle éclate de rire.] Vous avez vu ce retour de l’injonction à la maigreur ? Toutes ces années bénies du body positive semblent révolues. On voit bien les ventes record de l’Ozempic, ces défilés où l’on ne croise que des mannequins taille 34-36. Est-ce à dire que cette vague n’a été que marketing ? La question reste ouverte.
GALA : Et vous, vous sentez-vous bien dans votre corps ?
F. F. : Tellement ! J’ai commencé à avoir le goût des choses à 35 ans, je ne veux plus perdre de temps. J’ai appris à m’aimer autrement. Et je suis entourée de personnes, notamment d’un homme qui m’aime comme je suis, avec mes rondeurs. Je me sens bien vieillir car je suis en vie : j’ai un corps qui rit, qui jouit, qui vit et c’est autrement plus sexy qu’une silhouette qui ne dégage que l’idée de contraintes.
*Flavie en France, du lundi au vendredi à 11 h 20 sur France 3.
Gửi phản hồi