Un témoignage après des années de silence… et des souvenirs qui ne disparaissent jamais. L’histoire de Frédéric Pommier bouleverse aujourd’hui l’opinion publique en France, alors que le journaliste de France Inter prend la parole pour la première fois sur ce qu’il a subi durant son enfance.
Dans son livre Derrière les arbres, tout juste publié, il révèle avoir été victime de plusieurs agressions sexuelles alors qu’il n’était qu’un enfant — entre 4 et 7 ans, par quatre hommes différents. Un récit frontal, sans détour, mais profondément marqué par les fractures du passé.

« Ce livre, c’est pour rendre justice au petit garçon que j’étais. Et au petit garçon qu’on a bousillé. A 4 ans, à 5 ans, à 6 ans, à 7 ans », confie-t-il lors d’un entretien à la radio, entrecoupé de silences lourds de sens.
Ce livre n’est pas seulement une œuvre. C’est une traversée intime de la mémoire — de l’amnésie à la résurgence du traumatisme.
« Pendant longtemps, il n’y a pas eu un seul jour où je n’ai pas été hanté plusieurs fois dans la journée par certaines images… parce que le corps, il n’oublie pas. »
Ce que le corps enregistre… persiste parfois bien au-delà des souvenirs conscients.
Parmi les personnes qu’il met en cause figure un profil particulièrement sensible — un homme politique, ancien maire et député en Normandie. Sans le nommer dans son ouvrage, Frédéric Pommier a néanmoins choisi de déposer plainte, malgré la prescription des faits.

« Ce n’est pas mon sujet », explique-t-il simplement à propos de l’anonymat.
Une confrontation a eu lieu au début de l’année 2026. Un moment qu’il décrit à la fois comme nécessaire… et profondément violent.
« Cette confrontation était un moment d’émotion forte et puis en même temps un massacre… j’ai entendu l’un des hommes qui a bousillé mon enfance dire “non ça n’est pas vrai”. »
Trois heures face à un déni total.
Et pourtant, il en retient une étape essentielle dans son parcours. « J’ai pu dire ma colère à cet homme. »
De son côté, l’homme visé — identifié par plusieurs médias comme Joaquim Pueyo — conteste fermement les accusations.
« Les accusations portées à l’encontre de Monsieur Joaquim Pueyo sont fausses. »
Par la voix de son avocat, il affirme que ces allégations sont en contradiction totale avec les valeurs qu’il a défendues tout au long de sa carrière.

« À ce jour Monsieur Pueyo est toujours dans l’incompréhension la plus complète. »
La défense souligne également qu’en raison de l’ancienneté des faits, toute possibilité de se défendre matériellement est extrêmement limitée, faute de preuves ou de témoins.
Malgré cela, Joaquim Pueyo a accepté de coopérer avec les enquêteurs, se soumettant à une audition et à une confrontation, bien que rien ne l’y oblige légalement.
Quelques jours après cette audition, il a annoncé ne pas briguer un nouveau mandat, à l’âge de 76 ans.
Au-delà de ce face-à-face judiciaire et médiatique, l’affaire renvoie à une réalité bien plus vaste.
Selon les estimations officielles, environ 160 000 mineurs sont victimes chaque année de violences sexuelles en France.
Dans ce contexte, la parole de Frédéric Pommier dépasse largement le cadre personnel.
« En écrivant, je pensais à ceux qui ont parlé… à ceux qui n’ont pas parlé… à ceux qui se souviennent… à ceux qui ont oublié… à ceux qui ne sont plus là. »
Un témoignage pour soi… mais aussi pour tous les autres.
Et comme un écho troublant à cette affaire, une autre décision judiciaire a retenu l’attention ce 17 avril.

Le réalisateur Christophe Ruggia a été condamné en appel par la cour d’appel de Paris à cinq ans de prison, dont deux ans ferme sous bracelet électronique, pour des agressions sexuelles sur l’actrice Adèle Haenel alors qu’elle était mineure.
Une affaire qui, elle aussi, s’inscrit dans la durée et dans la complexité des rapports de pouvoir, ravivant des questions profondes sur le silence, l’emprise… et les blessures qui ne se referment jamais complètement.

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