La mort de la jeune Lyhanna, 11 ans, continue de bouleverser la France. Au lendemain de la découverte dans le Gers d’un corps susceptible d’être celui de la collégienne disparue depuis le 29 mai, l’émotion a rapidement laissé place à la colère.
Car au fil des révélations, une question revient avec insistance : comment un homme déjà signalé à plusieurs reprises pour des faits impliquant des mineures a-t-il pu rester libre jusqu’à aujourd’hui ?
Face à l’ampleur du choc provoqué par l’affaire, les plus hautes autorités de l’État ont multiplié les prises de parole. Depuis l’étranger, Emmanuel Macron a reconnu l’existence de défaillances manifestes.
« Les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû se passer. C’est une évidence. Et c’est inacceptable », a déclaré le président de la République, se disant profondément choqué par les circonstances révélées ces derniers jours.
Le chef de l’État a estimé que les enquêtes administratives ouvertes devaient permettre d’identifier non seulement les responsabilités individuelles éventuelles, mais également les responsabilités collectives et systémiques qui auraient pu conduire à un tel drame.
Il a également refusé d’entendre tout argument lié à un manque de moyens, jugeant qu’aucune justification ne pouvait être avancée lorsqu’il s’agit de protéger des enfants.
À Paris, le premier ministre Sébastien Lecornu a réuni en urgence les ministres de la Justice, de l’Intérieur et des Comptes publics. À l’issue de cette réunion de crise, Matignon a indiqué que l’État devait désormais déterminer si tous les signaux d’alerte avaient été correctement pris en compte et si les procédures avaient réellement fonctionné.

Le chef du gouvernement a demandé que les premières conclusions de l’enquête administrative, confiée à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, lui soient remises dans un délai de quinze jours.
De son côté, le garde des sceaux Gérald Darmanin a évoqué publiquement des « dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l’État ». Le ministre a annoncé vouloir réunir l’ensemble des procureurs généraux afin d’examiner les éventuelles failles du système et d’éviter qu’un tel drame puisse se reproduire.
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a également réagi avec fermeté. « L’hypothèse que des alertes aient pu être ignorées avant ce drame est insupportable », a-t-elle déclaré, estimant que toute la vérité devait être établie et que les éventuelles responsabilités devraient être pleinement assumées.
Même tonalité du côté de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise). Dans un communiqué particulièrement sévère, l’organisme a estimé que cette affaire interroge directement la capacité des institutions françaises à repérer, évaluer et traiter à temps les situations présentant un danger majeur pour les enfants. La commission a rappelé qu’elle alertait depuis plusieurs années sur une culture persistante de sous-évaluation du risque dans les dossiers impliquant des mineurs.
Si la colère est aujourd’hui aussi forte, c’est parce que les révélations concernant le parcours du principal suspect dessinent peu à peu une succession de signaux d’alerte qui semblent s’étendre sur près d’une décennie.
Le premier épisode remonte à décembre 2017. À cette époque, la mère d’une jeune fille de 17 ans contacte la gendarmerie pour signaler la relation entretenue depuis plusieurs mois entre sa fille et l’homme aujourd’hui mis en examen. L’individu est alors âgé d’une trentaine d’années.
Une enquête est ouverte sous la forme d’un renseignement judiciaire. Toutefois, en février 2018, le dossier est classé sans suite. Les autorités considèrent alors qu’aucune infraction pénale n’est caractérisée en raison de l’âge de la jeune fille et du caractère présenté comme consenti de la relation.
Trois ans plus tard, un nouvel épisode attire l’attention.
Employé comme agent d’entretien au lycée de Lectoure, dans le Gers, l’homme fait l’objet d’un signalement pour comportement jugé inapproprié envers une lycéenne. Une procédure disciplinaire est engagée et conduit à son licenciement en février 2021.
Longtemps resté dans l’ombre, cet épisode est revenu au premier plan après la disparition de Lyhanna. Le 31 mai dernier, un responsable de l’établissement a spontanément contacté les gendarmes pour rappeler les circonstances de ce licenciement. Les autorités cherchent désormais à savoir si les faits avaient été signalés à l’époque aux autorités judiciaires.
En 2022 survient une première plainte pour viol sur mineure.
Une jeune fille née en 2013 accuse le suspect de faits qui se seraient déroulés deux ans plus tôt, en 2020, alors qu’elle n’avait que sept ans. Les faits dénoncés auraient eu lieu au domicile de l’homme à Montestruc-sur-Gers.
Mais le traitement du dossier suscite aujourd’hui de nombreuses interrogations. Selon le parquet, la plainte n’est transmise aux magistrats d’Auch qu’en janvier 2024. Après plusieurs mois d’investigations, les éléments recueillis sont jugés insuffisants pour étayer les accusations et le dossier est classé sans suite le 28 mai 2024.
Depuis l’éclatement de l’affaire Lyhanna, la procureure a toutefois indiqué qu’un réexamen de cette procédure restait tout à fait envisageable.
Un an plus tard, une seconde plainte, beaucoup plus récente, vise à nouveau le même homme.
Le 22 août 2025, la mère d’une fillette née en 2014 dépose plainte pour des viols qui auraient été commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect.
L’enfant est entendue dès la fin du mois d’août. Des expertises psychologiques et médico-légales sont ensuite réalisées au cours de l’automne.
Le dossier passe alors du parquet de Toulouse à celui d’Auch avant d’être transmis à la gendarmerie de Lectoure en janvier 2026.
Des actes d’enquête sont ordonnés : auditions complémentaires, recherches téléphoniques, interrogatoires de témoins et diverses vérifications.
Pourtant, plusieurs mois plus tard, lorsque Lyhanna disparaît, cette enquête est toujours en cours. Les autorités n’ont pas encore précisé quelles investigations avaient effectivement été réalisées pendant cette période.
Enfin, une troisième plainte pour viol sur mineure est portée à la connaissance du parquet le 3 juin 2026, quelques jours seulement après la disparition de la collégienne.
Les magistrats indiquent alors ne pas disposer d’éléments suffisants pour communiquer publiquement sur le contenu exact de cette nouvelle accusation.
Selon plusieurs informations de presse, cette plainte pourrait être liée aux déclarations du père d’une fillette de 11 ans. Celui-ci affirme que sa fille aurait subi des agissements inappropriés lors d’une soirée pyjama organisée au domicile du suspect durant l’été 2025.
Aujourd’hui, au-delà de l’enquête criminelle sur la disparition et la mort présumée de Lyhanna, c’est donc le fonctionnement même des institutions qui se retrouve sous le feu des critiques.
Comment plusieurs alertes, plusieurs plaintes et plusieurs signalements ont-ils pu se succéder sans empêcher la survenue d’un tel drame ? Les procédures ont-elles été trop lentes ? Certaines informations ont-elles été sous-estimées ? Des erreurs ont-elles été commises à différents niveaux de la chaîne judiciaire et administrative ?
Autant de questions auxquelles les enquêtes en cours devront désormais répondre.

Car si l’émotion domine encore aujourd’hui, la pression politique et médiatique est désormais immense. Et dans tout le pays, nombreux sont ceux qui estiment que l’affaire Lyhanna pourrait devenir l’un des plus importants révélateurs des failles françaises en matière de protection de l’enfance.

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