À 82 ans, Serge Lama ne monte plus sur scène, mais sa voix – celle du cœur – n’a jamais cessé de se faire entendre. Rare dans les médias ces dernières années, la légende vivante de la chanson française a accordé un entretien bouleversant à La Tribune du Dimanche, publié ce dimanche 14 décembre 2025. Sans détour, il y évoque son corps meurtri, son parcours cabossé, mais aussi une forme de paix intérieure qu’il n’avait jamais connue auparavant.
« Je suis encore là », affirme-t-il d’emblée. Une phrase simple, presque banale, mais lourde de sens. Car aujourd’hui, Serge Lama ne cache rien de son état de santé : « Mon corps est cassé de partout. Je ne peux plus rester debout. » Des mots durs, prononcés sans pathos, comme un constat lucide. Pourtant, derrière cette fragilité physique se cache une force intacte : « Mon cœur, lui, bat depuis plus de vingt ans pour Luana », confie-t-il en parlant de son épouse, de trente-cinq ans sa cadette.
Serge Lama n’a jamais prétendu avoir eu un parcours facile. Bien au contraire. « Ma vie n’a été qu’une succession de combats », résume-t-il. La perte d’un amour immense, la violence du milieu artistique, les humiliations, les échecs publics… Tout y est passé. Longtemps, il s’est senti à part dans le monde de la chanson française.
« On critiquait mon physique, ma manière de m’habiller. J’étais un ancien pauvre, et ça dérangeait », raconte-t-il avec une lucidité désarmante. Lorsque le succès arrive enfin – notamment après son premier Palais des Congrès en 1975 –, la reconnaissance reste pourtant ambiguë. « Plus le succès grandissait, moins on m’appréciait. J’étais obsédé par la réussite, probablement insupportable en interview », admet-il aujourd’hui, sans chercher à se dédouaner.
Ces dernières années, un événement l’a profondément marqué. France 3 lui a consacré une soirée spéciale, réunissant de nombreuses figures de la chanson française pour lui rendre hommage. Un moment suspendu.
« J’en suis encore bouleversé. Tant de tendresse, tant d’amour… », confie-t-il. À 82 ans, Serge Lama savoure enfin ce qu’il n’a pas toujours connu : la reconnaissance apaisée, débarrassée de la course à la légitimité. « Oui, j’ai de la chance. On ne m’a pas oublié. À 82 ans, j’ai enfin tout ce dont je rêvais à 40. »
Impossible, pour lui, de ne pas revenir sur l’un des épisodes les plus sombres de sa vie : le terrible accident de voiture survenu au tout début de sa carrière. Une épreuve fondatrice, qui aurait pu mettre fin à son destin d’artiste.
« J’aurais pu ne jamais rechanter », confie-t-il. Plongé dans le coma pendant quarante-huit heures, il doit une partie de sa survie artistique à un ami : Marcel Amont. « Il a crié aux médecins : “Attention, c’est un chanteur !” et les a empêchés de me trachéotomiser », se souvient-il. Un cri, un geste, et toute une carrière sauvée.
À l’heure du bilan, Serge Lama ne nourrit aucune illusion sur la place qu’il occupera dans l’histoire de la chanson. Et cela ne le tourmente pas.

« Je ne suis ni Brel, ni Brassens, ni Souchon, ni Cabrel », affirme-t-il calmement. « Quand je disparaîtrai, ceux qui m’aiment viendront me voir au cimetière de Montparnasse, et on dira peut-être : “C’était un chanteur à voix, un homme qui a écrit quelques belles chansons.” » Puis il conclut, avec une sérénité rare : « Ça ne me pose aucun problème d’ego. »
À 82 ans, Serge Lama avance lentement, parfois avec difficulté. Mais derrière le corps brisé demeure un artiste debout dans sa vérité, réconcilié avec son histoire – et enfin en paix.


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