Sur le plateau illuminé de C à vous, ce samedi 6 décembre 2025, Olivier Marchal apparaît avec ce sérieux grave qui le caractérise. À 67 ans, son visage porte à la fois les traces du temps et celles, plus profondes, d’années mouvementées. Il n’est plus seulement le réalisateur rugueux que le public admire, ni l’acteur au regard dur forgé dans les rues et les commissariats. Ce soir-là, il ne raconte pas ses scènes d’action, ni les tensions palpables de Pax Massilia. Il raconte quelque chose de beaucoup plus intime : la bataille qu’il a menée contre la drogue.

Sa voix est calme, posée, mais jamais hésitante. Marchal n’a jamais été du genre à se cacher derrière une façade rassurante. Il arrive devant la caméra comme il entrait jadis dans une salle d’interrogatoire : franc, direct, prêt à regarder la vérité en face – même lorsqu’elle parle de lui. Et alors, dans un souffle presque mélancolique, il lâche une phrase lourde de regrets : « Je sais que… si la sanction avait été vraiment sévère, je ne l’aurais pas fait. »
Un silence s’installe. Mohamed Bouhafsi hoche la tête. Les téléspectateurs, eux aussi, s’interrompent. Car on n’entend pas tous les jours un réalisateur reconnu, un ancien policier, un homme réputé solide admettre que sa vie aurait pu éviter un gouffre – si seulement une barrière plus haute avait été placée sur sa route.
Marchal parle de la drogue comme d’une vieille connaissance qu’il aurait préféré ne jamais croiser. Il raconte qu’il a commencé à 40 ans, un âge où l’on n’a plus l’excuse de la naïveté. À cet âge-là, un homme devrait avoir assez de recul pour se méfier des pièges. Mais la réalité est souvent plus complexe que les scénarios qu’il écrira plus tard. Sa notoriété nouvelle, les soirées, les sollicitations faciles, le mirage du milieu artistique… tout cela formait un univers où l’ancien fils d’ouvrier, élevé dans une famille modeste, n’avait pas été préparé à naviguer.
Il se souvient : « J’ai grandi dans un monde où jamais je n’aurais imaginé toucher à ça. » Son père était pâtissier, lui s’était engagé dans la police pour servir et protéger. C’était son idéal, son devoir, sa manière à lui de contribuer à la société. Comment imaginer que des années plus tard, derrière une porte close, un trait blanc viendrait fracasser ses principes ?

La vérité, dit-il, c’est que même dans la police, la cocaïne n’était pas rare. « On en avait plein les tiroirs », confie-t-il presque avec fatalisme. Une phrase simple, mais qui ouvre un abîme. Aucun milieu n’est épargné, pas même celui qui est censé faire respecter la loi. Et dans ces interstices, là où la morale se fissure, commencent parfois les glissements les plus dangereux.
Pourtant, Marchal ne sombre pas à cause d’un traumatisme ou d’une dépression. Son point de basculement est beaucoup plus banal : « Je suis tombé dedans parce que tout le monde en prenait. » Et c’est peut-être là le piège le plus pernicieux : la normalisation. L’illusion que puisque « tout le monde le fait », alors cela ne peut pas être si grave. Une logique silencieuse, presque invisible… mais redoutable.
Il poursuit : « Je voulais me détendre. C’est tout. » Cette simplicité fait froid dans le dos. Ce n’est pas un récit spectaculaire, ni un drame romanesque. C’est juste un moment de relâchement, une curiosité mal placée, une envie d’appartenir à un milieu où l’on se perd facilement.
Mais une fois qu’on y est, insiste-t-il, rien n’est facile. « Le travail pour en sortir est très long. » Il ne détaille pas, mais on devine tout : les nuits sans sommeil, les pensées qui tournent en rond, la honte qu’on dissimule, la peur que tout recommence, les regards qui jugent et ceux qui s’inquiètent.
Marchal évoque ceux qui n’ont pas eu sa chance. Jean-Luc Delarue, d’abord, qui avait parlé de sa propre addiction avant d’en mourir. Un producteur qu’il connaissait, cocaïnomane au quotidien, mort lui aussi. Puis deux amis proches, emportés récemment par un arrêt cardiaque lié à la cocaïne. Lorsqu’il en parle, ses yeux se baissent légèrement, comme s’il revivait la perte de chacun.
Ces confidences ne sont pas des anecdotes. Ce sont des deuils, des cicatrices. Et ce sont aussi des alertes. Car aujourd’hui, dit-il, la cocaïne est encore plus dangereuse, souvent coupée avec des substances si puissantes que « ça ne pardonne pas ». Marchal ajoute : « Quand un acteur arrive fariné, je le vois immédiatement. » Non pas pour le juger, mais parce qu’il reconnaît ce regard perdu, cette agitation intérieure, cette fragilité qui désorganise tout – jusqu’au talent. « Après, ce sont des gens incontrôlables, et pas forcément de bons acteurs. »
Loin du cliché glamour, Marchal dépouille la drogue de toute fascination. Ce qu’il en dit est cru, précis, sans effet dramatique. Il ne prêche pas : il témoigne. Et c’est ce qui rend sa parole si forte. Parce que derrière ses mots, il y a un homme qui a vécu les conséquences, qui a vu des vies s’effondrer pour bien moins que cela, et qui sait que son propre salut tient presque du miracle.
Alors qu’il parle de Pax Massilia, de cette saison 2 attendue sur Netflix et qui plonge une nouvelle fois dans les zones grises de la justice et de la loyauté, on sent que Marchal lui-même a appris à apprivoiser sa propre part sombre. Non pas à l’oublier, mais à la maîtriser.
Il conclut l’entretien avec simplicité : « La drogue n’est jamais une solution. » Ces mots auraient pu paraître moralisateurs dans une autre bouche. Dans la sienne, ils résonnent comme un verdict lucide et sincère. La phrase d’un homme qui a failli tout perdre, qui a retrouvé l’équilibre, et qui sait que d’autres, aujourd’hui encore, se battent pour en faire autant.
Et peut-être que sa confession, posée, honnête, sans fard, vaut plus que n’importe quelle campagne de prévention. Parce qu’elle raconte que personne n’est à l’abri. Et qu’il suffit parfois d’une loi plus juste, d’un avertissement plus clair, d’une main tendue au bon moment pour éviter qu’une vie ne bascule à jamais.

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